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Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle]
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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Lun 18 Déc - 20:49
Carlyle Vangelis
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Le soleil commençait enfin à darder ses rayons à travers les épais nuages noirs lassés d’errer dans le ciel. Le spectacle devant les deux compères était aussi fascinant que désespérant. Seul face au mur titanesque situé au lointain, le sang-frais d’Azalem, plus coriace que les deux autres forcenés qui en ce moment rendait respectivement une visite à Palazür lui-même, se tenait du haut de toute sa stature au milieu du chemin de retour. Plus que jamais excité par l’action, Carlyle commençait malgré tout à ressentir la fatigue envahir ses articulations et ses muscles, tour à tour enhardis par l’adrénaline et refroidis par la récupération. Introduit de fort belle manière par son acolyte, le duel à trois s’était débuté par plusieurs coups réussis. Mais une évidence s’était insinuée dans l’esprit du guerrier, soucieux de rentrer sain et sauf avec la dernière personne de cette expédition suicide : l’affrontement ne pourrait pas durer. Blessé, son ami ne pouvait plus compter que sur les réserves magiques de son galadrim aux ailes noires. L’invocation des dieux était une discipline ardue à appréhender mais aisée à assimiler, même pour un non-initié. Totalement épuisé, Carlyle savait que Lücian ne pourrait lui venir en aide encore qu'une ultime fois, tandis que son ami invoquait en ce moment son dieu dans un dernier baroud d’honneur. Après un bref regard, son acolyte lui avait fait comprendre avec sagesse qu’ils ne gagneraient pas sans utiliser tous leurs moyens. Après cet échange sans paroles, Carlyle s'élança tel un fou à lier vers le colosse décharné, pourvu d’une mission : faire gagner assez de temps à Ashräm pour lui permettre de déchaîner les éléments.

Dans sa course, le mercenaire continuait cependant de s’en persuader. Au sommet de sa forme, il aurait pu se défaire de cette abomination, non sans risquer sa vie au passage. Ironiquement, cette pensée le fit sourire alors que la réalité du combat vint le rappeler à l’ordre, de manière subtile, par un coup de coude fort bien agencé du sang-frais dans les côtes du côté droit. Le souffle court, il n’essaya même pas de contrer l’énorme marteau du guerrier inhumain, mais dévia l’attaque en faisant glisser l’arme sur la lame lisse de Béliade. Le son strident fut accompagné d’étincelles semblables à mille feu follets écarlates ; l’arme de l’ennemi étant l’épée, l’arme de Carlyle étant la meule. Malgré sa force surhumaine générée par le pouvoir des Zörgiens et sa nature tellurique, Carlyle ne pouvait dans son état rivaliser avec sa némésis, capable de briser à mains nues un rocher de plusieurs tonnes. Affalé de manière outrancière sur la neige après son échec, le sang-frais lui asséna un coup de tête instinctif en se relevant, bien trop rapidement pour quelqu’un de son poids. Protégé par Béliade, Carlyle recula de quelques mètres en soulevant d’imposantes mottes de neige. Désavantagé par le terrain, le silmérian ne pouvait se mouvoir comme il l’aurait fait sur une plaine, même s’il avait connu les tourbières de Vüldavar et les terrains rocailleux d’Hylandÿl tyrannisés par les rafales de vent. Son regard vert luminescent perça les globes livides de son ennemi, animés par une rage sans nom. Tout en expirant, il se remit dans la ligne parallèle à Ashräm, qui lui était situé une trentaine de mètres derrière. Face à l’inaction et à la transe du mage aidé de son galadrim, ainsi que de l’économie d’efforts dont faisait preuve Carlyle, le sang-frais sembla comprendre le danger qui pesait sur lui. Renseigné par une voix intérieure dont Carlyle était persuadé d’avoir deviné la provenance, le sang-frais se mit à exhaler un râle hideux mêlant satisfaction et concentration. Carlyle comprit que le temps était compté. Seul face à ce monstre et dans son état, la mort l’attendait. La main de l’ennemi se mit alors à bouger. Faisant craquer ses doigts vieux de plusieurs décennies de léthargie, il fit surgir du sol plusieurs dizaines de sous-fifres qui se dirigèrent tout naturellement vers le mage, concentré comme il ne l’avait jamais été. Trop fatigué pour user Daïnslef à distance, le guerrier dut invoquer sa déesse pour aller protéger son ami dont l’air autour de lui commençait à bouillonner d’une aura de magie impressionnante.

« Je compte sur toi ma belle ! »

« As-tu déjà été déçu de moi ? »

L’hôte sourit à sa déesse et répondit d’une voix douce.

« ....Pas sur un champ de bataille, non. »

Lumineuse et entourée d’une vague d’énergie dorée aussi belle que les tapis de Miragïs, Lücian fut en un éclair auprès d’Ashräm et de son frère jumeau, lui aussi occupé à se concentrer pour donner à son hôte de quoi finir l’affrontement. Après avoir tiré son épée d’une dimension parallèle en un éclat scintillant, elle frappa le sol de la lame pour y faire naître plusieurs vagues d’éradication. Tels des fétus de paille happés par le mistral du matin, les sang-frais faméliques furent désintégrés un à un par la lumière divine. Subitement, quatre murs dorés transparents vinrent se souder autour des trois individus dans un fracas presque inaudible, apparenté à un son de cloche généré par l’univers. Protégé dans sa cage dorée, Ashräm ne risquait plus rien tant que Lücian veillerait sur lui.

Seul face au monstre, Carlyle put enfin se détacher de toute inquiétude et arbora un sourire méprisant. Il savait qu’il avait en face de lui le roi des sang-frais, certainement avachi sur son trône, maniant son soldat sans âme avec une impassibilité sans pareille. La marionnette de glace et d’os manifesta son mécontentement en faisant aller son fléau sur le sol. Carlyle devait trouver une solution pour terminer cette bataille interminable. Même s’il était désavantagé en terme de force brute et en terme de stature, il avait pour lui la technique et l’effet de surprise. Jusqu’à maintenant, l’ennemi n’avait fait preuve que de réflexes instinctifs et de gestes puissants. Cela en disait long sur la limite du pouvoir de contrôle d’Azalem, qui ne pouvait que donner des ordres à son médiateur, sans pour autant totalement le contrôler en temps réel. Le guerrier prit alors l’initiative en courant rapidement vers le titan qui fut surpris par cet acte insensé. Béliade tournoya dans les airs et fendit la brume naissante pour venir se figer dans le marteau de l’ennemi. L’énergie mise dans ce coup avait été phénoménale. Acculé, le sang-frais recula et vit son arme se détruire. Carlyle profita de cette occasion pour achever l’ennemi, mais il fut surpris par un rude coup de genoux dans le ventre. Le sang-frais, enhardi par la force de son possesseur, manifesta une vitesse et une conscience accrue. La puissance déployée par le seigneur des terres gelées sur son pantin avait considérablement augmentée. Bien plus véhément, le guerrier cristallisa ses mains d’une glace aux allures de diamant et asséna à Carlyle des coups d’une violence indicible. Fatigué de se protéger avec son arme héritée du dragon Dülvyr, il dut la laisser s’écraser au loin et continua de sauver sa vie en faisant appel à l’art de l’esquive. Moins à l’aise en défense, Carlyle tenait sa longévité dans ce combat grâce à sa taille réduite par rapport à son adversaire, aussi haut qu’un ours polaire sur pattes postérieures. Malgré des contre-attaques à l’épée lumineuse efficaces, le sang-frais ne semblait pas subir de blessures assez graves pour tomber. Lücian scrutait le combat d’un regard inquiet, mais sut qu’elle ne devait pas intervenir au profit de sa tâche qui était de protéger Ashräm. Dès l'instant où elle lèverait son sanctuaire de protection, Ashräm serait vulnérable aux attaques inopinées de l'ennemi. Alors que les mouvements du silmérian affaibli se faisaient de plus en plus approximatifs, un craquèlement se fit entendre derrière ce dernier. Produit par le géant de glace, un trou sournois se créa et fit tomber Carlyle, qui finit par être écrasé par le pied droit du sang-frais supérieur. Incapacité par cette force, un jet de sang surgit de sa bouche, venant recouvrir de sa couleur la tonsure blanche du sol tout en faisant fondre de sa chaleur les cristaux neigeux. Le guerrier blanc insista avec un râle mortifère. Un autre craquement se fit entendre, bien plus discret, suivi d’un hurlement. Consciente des ravages intérieurs subis par son hôte, Lücian sut que Carlyle avait présentement quatre côtes de cassées ainsi qu’une hémorragie interne engendrée par deux d’entre elles qui avait percée violemment le thorax et les organes internes. Affolée, elle manifesta sa volonté de sortir du cercle lumineux. Carlyle cria son nom.

« Reste où tu es !!! J’ai...nngh...besoin de toi pour Ashräm !… rrrgh… »

En l’état, la déesse aurait pu garder son champ de protection actif et combattre, mais l’énergie de son hôte ne lui aurait pas permis à la fois de triompher et de le soigner. Mais plus que tout, elle savait par expérience que la fierté de son guerrier lui implorait de rester en retrait, une ultime fois. Tout en attrapant le pied de son adversaire, Carlyle fut pris d’une fureur sans nom et sembla imploser de l’intérieur. Une vague d’énergie déferla sur le sang-frais et le fit reculer. Débarrassé de ses habits encombrants, le guerrier manifesta une vive douleur en voyant ses côtes se recroqueviller en son corps. Une chaleur étouffante émana de son corps, faisant fondre le gel aux alentours. Les plaies commençaient à se refermer une par une lentement. Devant la régénération inattendue, le sang-frais entreprit de terminer ce qu’il avait entamé en achevant le guerrier, encore trop faible pour reprendre le combat. Les yeux fermés, Carlyle se concentra, immobile, alors que le fou à lier dans son armure de fer se ruait sur lui. À quelques mètres de lui, le sang-frais prononça pour la première fois des mots raisonnés en saccade du fait de sa course effrénée. Des mots prononcés par Azalem lui-même.

« Vous avez perdu, silmérians ! »

Carlyle rouvrit les yeux alors que la mort s'abattait sur lui. Par un grondement effrayant, le sang-frais fut renversé par une figure titanesque et ombrageuse. Maladroite mais surpuissante, la créature prit l’ennemi des deux mains et l’écrasa contre le sol, non sans faire jaillir au passage plusieurs morceaux d’os. Le Borom à la peau bleutée, musculeux comme un troll, continua ses coups répétés sur le sang-frais qui essayait tant bien que mal de garder sa tête sur ses épaules. Béni d’un instant de répit, Carlyle savoura sa régénération, moins douloureuse qu’il y avait une minute. Presque rétabli, il scruta derrière lui en voyant un globe de magie déferler en dehors des murs de lumière. Le sort était bientôt prêt. Une fois le massacre terminé, il put enfin libérer l’allégeance qu’il avait soumise au Borom appelé par ses soins. Soucieux du bien-être de la créature, il lui demanda de partir avant de rompre le lien. De nouveau d’attaque mais toujours aussi fatigué, il se permit de libérer son autre pouvoir afin de ne laisser à l’hideux combattant aucune chance possible. Désarticulé mais toujours là, le sang-frais surpuissant se releva comme un automate survolté. Un pouvoir insidieux fit ramper ses membres éparpillés sur la poudreuse afin de reconstituer son corps abominable. Carlyle prépara son assaut final. Son sang régénérant allié à sa rage de berserker lui permit de faire jeu égal avec l’ennemi. Le temps ne tournait plus pour lui. Chaque égratignure se refermait instantanément, et sa vision du combat, accrue à un point inimaginable, lui permettait d’anticiper la moindre action de son adversaire. Dépassé au fil des coups par les événements, le sang-frais reçut punition sur punition, malgré son immortalité temporaire prodiguée par Azalem. En tant que combattant indépendant, ce sang-frais supérieur aurait été tué plusieurs dizaines de fois contre le guerrier fou à lier. Alors que les coups pleuvaient sous forme de spirales métalliques, Ashräm manifesta son envie de passer à l’action. Le mage était méconnaissable, tapissé de formes magiques innombrables lui parcourant la peau. Luminescentes, ses mains généraient de légers éclairs, annonciateurs de la tempête à venir. D’un seul regard, Carlyle comprit qu’ils n’avaient le droit qu’à une seule chance, et que l’attaque devait toucher très précisément. Il encercla de ses bras surchauffés la taille du géant après l’avoir embroché avec Béliade. Avec puissance ce dernier se débattit et fit perdre du terrain au guerrier qui sentait ses forces l’abandonner, la fatigue étant trop véhémente. De ses yeux vides de vie, il toisa de haut Carlyle en lui empoignant les bras à son tour.

« Tu vas mourir jeune Vangelis. La peur occupe ton esprit, je le sens. Tu as échoué, et ce mur tombera lui aussi, un jour. Il est temps pour moi d’aller tuer ton ami ! »

Carlyle tint le regard du désossé et sourit tel un fou devant le précipice de la mort.

« Si je dois crever, tu pars avec moi. »

Béliade se mit à scintiller et laissa un flot d’énergie se déchaîner dans les entrailles du mort-vivant. Des milliers de cristaux se formèrent et enchainèrent ce dernier dans une prison de pierres précieuses. Les yeux de Jade du Vangelis se tournèrent vers le mage qui était sur le point de lâcher prise face à tant de pouvoir contenu.

« Maintenant Ashräm !!! »

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Mar 19 Déc - 15:33
Ashräm von Arius
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La neige se dissipait sous l'accumulation d'énergie à laquelle étaient concentrés Ashräm et son galadrim, jusqu'à ce que l'herbe meurtrie et gelée apparaissent brièvement sous leurs pieds. Depuis très longtemps le froid s'était installé dans la région, et tous avaient oublié le souvenir d'une grande prairie herbeuse décorée de quelques pins perçant le ciel azur. Carlyle jouait sa vie dans ce combat, de même que son ami, mais est-ce que cela en valait-il vraiment la peine ? Quelle était le but de tout ceci ? La vengeance est une maladie qui gangrène l'esprit, et une fois que l'on pensait en être guéri, on s'apercevait du peu qu'il nous restait, un reste de coquille inerte. Le jeune guerrier utilisait toutes les ressources dont il disposait pour gagner du temps et permettre au mage de porter un coup fatal à l'esclave d'Azalem. Ce serait un coup dur pour son armée de perdre en si peu de temps trois de ses puissants généraux car il ne pouvait sans doute pas les remplacer d'un claquement de doigts. En proie au doute et au froid, Ashräm sentit la douce chaleur de Lücian l'envelopper. Ses barrières de lumière le protégeait non seulement des attaques mais lui offrait un cadre propice à la méditation, un calme étonnant au vu de la sanglante bataille qui se déroulait à quelques pas de là. Il reporta son attention un instant sur la déesse, la questionnant sur le mercenaire.

« Je sais que tu vas me dire de lui faire confiance, mais j'ai quand même peur de le blesser mortellement avec cette attaque. Ce décharné ne relâchera jamais son attention au point de subir ma foudre et laisser échapper son ennemi à son emprise... Je pourrais... »

Le regard perçant de la dame chatoyante l'empêcha de finir sa phrase. Sans avoir besoin de parler, elle balaya ses appréhensions et lui sourit chaleureusement comme elle l'aurait fait pour un enfant. Oui, Carlyle avait bien plus de ressources que n'importe quel autre silmérian. Il était promis à un destin sans précédent, il ne pouvait succomber à cet instant. La volonté d'acier était la clé de la survie, l'acharnement à la vie ne pouvait que faire plier le genou à la Mort, aussi séductrice et inéluctable soit-elle. Galvanisé par ses réflexions, il ferma ses paupières et sentit Énuma s'en aller dans un lit de poussière nébuleuse. Son temps imparti sur Cranä était écoulé et la vitalité d'Ashräm ne lui permettait pas de rester un moment de plus. Il dévoila ses iris devenus pourpres, chargés d'essence élémentaire. Son corps se mit à luire et des sceaux luminescents se dessinèrent sur la surface entière de son corps, émanant une atmosphère magnétique dont il était difficile de détourner le regard, tellement l'on se sentait absorbé. Le prince tendit le bras droit en avant et concentra toute sa puissance pour façonner une lance de foudre violacée, s'étendant sur deux fois sa taille. Une forme de pure énergie, condensée en l'image d'une si petite arme. Des particules et des petites fulgurations jaillissaient, provoquant des bouffées de chaleur réduisant l'air alentour en fine vapeur. Le souffle qui s'en dégageait fit valser les cheveux immaculés du mage en arrière, de même que ses habits qui luttaient pour rester agrippés à son corps.

Lücian émit un petit hoquet de surprise devant un tel spectacle, et comme pour lui répondre, Ashräm entreprit d'expliquer à voix haute ce phénomène. « Voici la lance d'Abël. En soumettant l'air à un champ électromagnétique et une chaleur très intenses, je peux façonner cette arme de plasma et maintenir son équilibre grâce à mon essence, au prix d'une grande concentration. Seulement... » La stabilité de son énergie fut mise à l'épreuve par des secousses perturbantes sous forme d'étincelles foudroyantes. Le temps était compté.

Comme par synergie, Carlyle immobilisa soudainement le sang-frais en cristallisant son corps en pierres scintillantes. En réponse à l'appel de son compagnon, la galadrim de lumière fit voler en éclat sa barrière avant de disparaître à son tour pour les mêmes raisons que son frère jumeau. Ashräm entreprit alors sa course jusqu'à son ennemi tandis que Carlyle bondit en arrière d'un ultime réflexe vif et assuré. Ce dernier s'ancra fermement au sol en posant un genou et ses mains de géant à terre et courba son dos à l'arrivée du mage. Le von Arius s'élança et prit appui sur les omoplates de son camarade pour se propulser juste au-dessus du commandant d'Azalem, qui pendant toute l'action se débattait avec rage et poussait des cris stridents pour briser sa prison rocheuse. Avec une rotation senestrée, il arqua son bras droit en arrière avant de le catapulter vers l'avant, et lâcha son hast tel une flèche qui vint s'abattre à une vitesse prodigieuse sur l'adversaire, suivi du terrible son du tonnerre. Le décharné se vit empalé au niveau de sa cage thoracique et émit un râle grotesque qui fut interrompu par le plasma alors libéré et explosa en un énorme éclair sagittal, fendant la couche nuageuse grisâtre qui recouvrait le ciel. Les secousses étaient telles qu'elles disloquèrent le cadavre encore animé par des cris de souffrance avant que l'explosion qui s'en suivit le désintégra complètement, ne laissant pas même une once de cendres. Le souffle propulsa le corps d'Ashräm plus haut et plus loin dans les airs avant qu'il s'écrase lourdement dans le blanc neige de la plaine. De petits arcs électriques se formaient autour de son corps qui dégageait une légère fumée ainsi qu'une odeur de cuir brûlé. La zone était complètement dévastée, la neige dissipée, la terre retournée et les arbres pliés. La pluie cristallisée avait arrêté sa chute séculaire pendant plusieurs minutes, dévoilant une atmosphère calme et enchanteresse.

Les flocons givrés titillaient les narines du mage, dont le visage était d'un côté collé dans la neige, et de l'autre réchauffé sous les éclats du soleil qui depuis longtemps n'avait pas brillé. L'état de bien-être dans lequel il était lui fit oublier toutes les mésaventures qui s'étaient déroulées jusqu'à présent. Plus rien ne comptait si ce n'est l'agréable moment qu'il était en train de passer. Cependant, comme une décharge à laquelle on ne s'attendait pas, tout lui revint à la mémoire. Il se releva brusquement et chercha Carlyle des yeux, sans cacher l'angoisse qu'il ressentait à l'idée qu'il ne le reverrait plus jamais. Le mouvement qu'il effectua pour se mettre debout lui rappela les blessures qu'il avait subies et dont la glace n'empêchait plus le sang de couler. Il posa le genou à terre contre son gré et tenta tant bien que mal de bander ses plaies avec des morceaux déchirés de ses vêtements en tissu. L'air glacé qui chatouillait ses côtes dissimulait légèrement la souffrance physique qu'il ressentait. Ashräm sentit un souffle chaud derrière lui, ainsi qu'un léger hennissement qu'il reconnut entre mille.

« Edëa ! », la jument émit un petit gémissement de plaisir. Le Gardien caressa du mieux qu'il pouvait son museau avant de blottir sa tête contre la sienne en guise de soulagement. Après quelques secondes de réconfort, il marcha difficilement jusqu'à hauteur de la selle et grimpa dessus du mieux qu'il put, la jument l'aidant en se courbant en avant. Ils trottèrent, les sens aiguisés, à la recherche du guerrier.

« * Il est là, sur ta gauche, j'entends la voix de Lücian * »

Ashräm retint les rênes de sa monture et la guida jusqu'à une forme qui dépassait d'une botte de neige ; seulement, l'apparence ne semblait pas silmériane. Une fourrure à la matière étrange et une aura versicolore semblaient s'agiter au gré du vent hivernal. Cela ne dura qu'un instant avant que l'homme inconscient reprit sa forme humaine, la corne du loup mystique disparaissant dans une volée d'étoiles. Énuma constata et expliqua qu'il avait recouru à une transformation partielle afin de se protéger de l'attaque fulgurante de son compagnon, le carnassier de Spira étant insensible à la foudre. Peut-être même l'avait-il fait inconsciemment, car ses pensées semblaient planer hors de son corps depuis un long moment déjà. Dans l'intention de descendre pour le rejoindre, le von Arius chuta de sa monture, non théâtralement pour un sou, et lâcha un petit râle de douleur avant de sourire timidement face au ciel. Il se retourna et rampa vers son ami afin de s'assurer qu'il respirait bel et bien, puis sombra doucement dans un songe, l'inconscience le gagnant. Au loin, le bruit d'armures de métal en marche semblait se rapprocher, tandis que la jument se coucha sur ses pattes aux côtés de son maître. Juste avant de fermer les paupières, le mage crut reconnaître un faciès familier, dans les silhouettes qui se dessinaient au-dessus d'une petite colline enneigée, avec au loin les grandes murailles froides et solides de la cité de Méphystö.

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Dim 24 Déc - 17:30
Carlyle Vangelis
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Il y avait eu d'abord un bruit sourd, accompagné d'un intense scintillement cisaillant l'air ambiant. Le mage s'était comme emparé de la fureur céleste pour l'instiller dans ses mains sous la forme d'une lance vociférant des mots salvateurs. Le firmament avait coulé sur ses doigts pour se solidifier en un éclair rageur synonyme d'extermination. Avant d'être happé par le souffle de la désintégration, une seule pensée était parvenue à la conscience du guerrier, totalement épuisé par son duel : *Lufénia...* Passée cette ultime parole intérieure adressée à la reine des Dryades en un laps de temps indéfinissable, une fourrure turquoise s'amoncela sur sa peau rugueuse, ainsi qu'une imposante crinière dorsale rosâtre. Une corne lisse mordorée entourée de papillons translucides poussa sur son front déjà métamorphosé en épais crâne de loup aux yeux céruléens. Dans cette transformation bestiale insoumise au temps qui s'écoulait sur les plaines blanches mutiques, l'âme évasive du serviteur de la déesse de la Terre comprit que sa protectrice lui conférait en cet instant suspendu sa bénédiction. Le loup mystique de Prötée, insensible à l'élément foudroyant, confia à Carlyle une protection parfaite contre l'attaque de son acolyte, qui ne pouvait à la fois détruire l'ennemi tout en évitant des blessures collatérales. L'ennemi s'était évaporé à l'image des flocons essayant de se rapprocher d'une surface volcanique. Ses entrailles restantes avaient manifesté leur douleur par des râles vrombissants atroces. La lueur azurée des yeux du dernier général d'Azalem s'était atténuée comme une lampe à huile profitant de ses dernières réserves. Puis ce fut le silence, la béatitude. La victoire ne déployait cependant pas ses immenses drapeaux flottants sur le guerrier, toujours inconscient et déplacé dans un corps de créature. Ses forces s'étaient amenuisées à un point tel qu'il lui était impossible de reprendre forme silmériane. Seule la voix de Lücian lui était accessible, semblable à un doux écho familier, longeant l'intégralité de son âme telle une coulée de cire chaude sur une épine dorsale congelée. La chaleur de ses mots, sa lumière le ramena, comme toujours.

* Reviens...oui c'est ça...voilà...reviens. *

Des bruits de sabots engouffrés dans la neige le réveillèrent de sa léthargie, légèrement. Les yeux pesants, comme deux portes jumelles de cathédrale, il réussit dans un ultime effort à s'assurer de la survie de son ami. Il perçut de manière confuse la silhouette d'Ashräm, rampant dans la neige, que ses cheveux blancs rendaient camouflée. Les larmes de la fatigue abîmèrent sa vision dans un sommeil nébuleux, alors qu'au loin le mur de glace se dressait, intact et silencieux, agressé par des vents venus lui arracher des particules congelées. Tombé également dans un songe, son ami s'était arrêté à côté de lui, la tête en direction de poussières de poudreuse s'élevant à environ un ïste de leur position. Des hennissements s'entendirent dans le calme mortifère des terres. Carlyle afficha un sourire à peine exécuté avant de sombrer. Il était temps de rentrer à la maison.


Les flocons tombaient nonchalamment sur son front depuis maintenant plusieurs minutes. Recouvert de peaux de léopard des neiges, la chaleur avait repris ses droits sur son corps maltraité, synonyme de rétablissement. La sueur perlait sur son front, si bien qu'il n'était plus possible de distinguer les flocons fondus des gouttes salées corporelles. Carlyle ouvrit ses yeux après ce qui semblait être une éternité. L'émeraude de ses globes géminés put enfin redécouvrir la lumière du jour. Les flocons continuaient leur course de manière éparse, s'engouffrant par un vitrail percé et poussés par un vent d'extérieur timide. Le calme surnaturel de la pièce dans laquelle il se trouvait l'inquiéta. Il se redressa maladroitement sans penser à ses blessures, bien plus importuné par la chaleur étouffante qui le mettait en nage. Il fut en un instant nez à nez avec une tablée de victuailles éclairée par une multitude de bougies bien entamées, formidablement éparpillées afin de mettre en valeur de manière ostentatoire le buffet personnel qui l'attendait. Des colonnes de tranches de viande rouge séchées aux couronnes de pain frais en passant par des fruits colorés ainsi que du vin écarlate et de l'eau cristallines contenues dans des bouteilles transparentes ; le ventre du guerrier cria immédiatement famine face à ce festin royal qui le changeait de la ripaille pitoyable qu'il avait grignotée durant son séjour pour venir en ces terres hostiles. Acculé par les grognements intempestifs de son estomac aussi vide que les coupes d'hydromels du hall de Dornmünd en temps de tournoi ; Carlyle s'empressa de croquer, déchirer, ronger, mâcher, engloutir et boire tout ce qui passait sous ses mains. Les bandages de son dos et de son torse s'étaient quelque peu enlevés avec l'humidité de son corps et la précipitation des gestes face au repas de la résurrection. Après avoir entreposé tout ce qu'il pouvait dans son antre stomacale, il décida de visiter la pièce où il avait séjourné pendant un temps indéfini. Magnifique, la salle s'avérait être la cathédrale de cristal, demeure sacrée de Braskä. La panthère des neiges aux yeux de saphir fixait le guerrier dans un silence religieux. Le dôme de cristal laissait voir le ciel azur qui veillait sur la cité. Les vitraux, sculptés à même la main, décrivaient des scènes de bataille. Le principal vitrail, ornant tout au centre de la salle au dessus de la statue de glace, visualisait un futur possible, avec d'un côté la célèbre Méphystö affrontant de l'autre Azalem, vaincu et transpercé d'une lance de lumière. Carlyle se rapprocha lentement des inscriptions de la déesse, alors que certains fidèles investissaient les lieux, entamant de doux et discrets chants.

« "Que les survivants vivent éternellement". J'espère que je le mérite au moins... »

* Tu sais maintenant pourquoi ils t'ont déplacé ici. *

La voix de Lücian le surprit dans sa rêverie. Il afficha un sourire rassuré et changea immédiatement d'expression, s'apprêtant à lui poser la fameuse question.

* Ashräm n'a pas été entreposé ici pour se reposer. Il est venu te voir plusieurs fois, assez inquiet malgré l'assurance des guérisseurs. J'ai dû me manifester devant lui pour qu'il daigne enfin se calmer. Des tensions sont palpables ici, notamment entre les différentes sections d'unités. La division d'Ashräm, ceux de l'extérieur, ont toujours été relativement mis à l'écart par les autres divisions. De ce que j'ai compris, les autres jugent leurs missions inutiles car pour eux seule la défense de la cité prévaut sur tout le reste. *

* Ces hommes et femmes risquent leurs vies pour asséner à Azalem de grosses pertes. La meilleure défense est l'attaque, c'est ce que j'ai toujours appris. Comment peuvent-ils renier leurs propres soldats ? *

* C'est plus compliqué que cela. Méphystö, comme toute personne au pouvoir, se doit de faire des choix qui ne peuvent en temps de guerre contenter tout le monde. Elle a soutenu le projet des attaques sur Azalem depuis le début, en engageant des pères de familles. Ashräm était en charge après la mort du chef d'unité, et il est revenu seul de sa mission, avec toi. Les proches cherchent une explication et considèrent son retour comme un échec. En venant ici pour te voir, il a attisé le feu en provoquant la deuxième unité qui s'occupe de la cité. Son emportement face à ton état d'inanition leur a donné une excuse pour l'inculper en "causeur de trouble à l'ordre public". C'était juste après son réveil. Il est depuis en attente de jugement pour répondre de son échec. Méphystö a demandé une audience privée avec lui pour qu'il fasse son rapport de mission. Mais je sais qu'avant cela il a été mis aux fers pour insubordination. *

Il était évident que la sécurité du mur, réputée infranchissable, avait ôté aux habitants avec les années toute envie de représailles envers les hordes du tyran des glaces. Pourquoi fallait-il risquer des vies silmérianes quand il était plus aisé d'attendre les attaques ? Cette dernière mission avait été le flocon qui avait provoqué l'avalanche sur l'opinion publique. Fragilisé, le pouvoir de Méphystö devait se régénérer en faisant d'Ashräm une figure de responsabilité, un exutoire à fonction cathartique pour apaiser le deuil des familles. Le guerrier avait déjà vu ça, notamment à Gaïa sur la place publique d'Agrima. La cité des glaces lui paraissait alors bien moins paisible d'un seul coup. Affolé par la nouvelle, il mit sur ses épaules une peau épaisse de léopard avant de se diriger en boitant légèrement vers la grande porte immaculée de la cathédrale. Alors qu'il allait l'ouvrir d'une main décidée, deux soldats l'empoignèrent machinalement des deux bras. Stoïques, les deux gardiens attendirent l'arrivée du conseiller royal. L'homme arriva en courant maladroitement, essoufflé, et glissa presque sur l'escalier de givre précédant la grande porte. Tout en affichant un sourire faussement ravi, il indiqua aux deux hommes de relâcher le convalescent.

« Aaaaaah sieur mercenaire, vous ne devriez pas être levé voyons, vous avez subi des blessures graves et......oh je vois que vous êtes rétabli bien c'est.....très étrange ! »

« Où est Ash ? »

« Plaît-il ? Oh vous voulez parler du soldat de la quatrième division Ashräm bien sûr, oui, et bien, il est en ce moment dans le hall royal en pleine conversation avec sa majesté. Les pertes de votre mission ont été énormes et en tant que chef d'unité il va devoir s'expliquer. Ne vous laissez pas maîtriser par la hâte monsieur, mais il va falloir attendre, et même envisager de ne pas revoir votre ami, sauf à travers des barreaux de prison avant son procès. De plus, il faudra également que nous vous entendions, vous avez eu un rôle dans cette affaire, après tout nous vous avions engagé pour mener à bien cette mission. »

Les yeux de Carlyle scintillèrent d'un éclat qui traduisaient l'impatience.

« Nous avons fait de notre mieux, il était question d'un piège ! Personne n'a idée de ce qu'il se passe une fois sorti de ses foutus murs ! Vous restez là à flagorner devant votre reine alors que dehors la guerre fait rage ! Je me fiche de vos lois, je ne suis pas citoyen de Méphystö. Je veux voir mon ami et sur le champ ! »

« Écoutez vous ne pouvez pas vous comporter ainsi ! Exiger de telles choses relève du criminel ! Vous n'êtes qu'un mercenaire, et seule votre prime a de valeur à vos yeux ! Nous vous avons soigné en notre endroit le plus sacré, et ce pendant des jours, alors faites preuve de reconnaissance ! »

Carlyle se figea face aux dernières paroles du conseiller.

« Vous pouvez répéter ? »

« Comment cela ? Je disais que nous vous avons soigné pendant des jours ici, dans notre cathédrale, ce qui a certainement dû vous sauver la vie, notre déesse a veillé sur v... »

« Des jours, comment ça des jours ?! Depuis combien de temps je suis resté alité et inconscient ?! »

« Une semaine et deux jours il me semble, pourquoi donc ? »

Le guerrier ne prit même pas la peine de regarder derrière lui. Il emboîta le pas et se dirigea instinctivement vers la citadelle, ébloui par la clarté du jour. Poursuivi par les gardes de la cité, il fut arrêté devant le hall royal, cerné par une dizaine d'hallebardes. Deux soldats, aux allures de gardes du corps lui bloquaient le passage de leur silhouette aussi robustes que la sienne. L'idée qu'il avait été inconscient pendant une semaine le rendait bouillonnant. Son ami n'avait pu se défendre verbalement seul, sans témoin des événements. Enfermé pendant des jours en attendant son audience, Ashräm avait certainement souffert du froid tandis que lui était resté lové dans son cocon de peaux. Il mit sa main encore entourée de bandages autour du manche d'une des lances et la plia en deux sous le regard effaré du propriétaire.

« Laissez-moi passer !!! »

Alors que la tension était montée d'un cran et que les villageois se mêlaient à la foule de gardes, la grande porte s'ouvrit lentement, laissant voir une silhouette de déesse en armure. La reine Méphystö se tenait devant le peuple, fière et assurée. Elle posa son regard rêveur et bleu sur Carlyle qui fut soudain pris d'un respect presque honteux. Son emportement, certainement dû à son réveil nébuleux, venait de lui faire perdre toute crédibilité. Il fit signe de la tête à la reine en guise de salutations, avant de détendre ses mains et de les lever en signe de soumission apparente. Sa résignation amusa la reine qui ordonna à ses hommes de repartir à leurs occupations. La foule finit par se disperser au gré du regard de la reine sur chacune des personnes. Son sourire bienveillant était une arme redoutable. Accompagné de ses deux gardes du corps, elle invita le guerrier à se présenter au sommet des escaliers afin de pénétrer dans la grande salle.

« Votre ami vous attend...roi Vangelis. »

Carlyle sursauta, mis à nu par la maîtresse des lieux. Même s'il détestait l'admettre, il devait certainement l'acceptation de sa visite inopinée et impromptue par Méphystö grâce à son statut égal à celui de la reine. La salle était vide et silencieuse. Il s'avança en écoutant l'écho du bruit de ses pas rebondir sur la voûte en pierre. En cherchant des yeux la présence du mage, il vit une des portes-fenêtres ouverte sur le balcon. Accoudé sur la passerelle avec une vue ouverte sur la place principale, Ashräm écoutait au loin le gazouillis des rares oiseaux environnants. Sans essayer d'être discret, Carlyle descendit l'escalier du balcon et se posta à côté du mage avec un râle de satisfaction en imitant ce dernier.

« J'ai encore mal aux omoplates. Enflure. »

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Lun 25 Déc - 15:41
Ashräm von Arius
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Guilde - Givrécho.
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Les geôles de Méphystö étaient profondément enfouies sous terre, et donc sous la neige. Si les murs n'étaient pas en pierre, ils auraient pu conserver un semblant de chaleur pour ses occupants, mais à la place, rien que d'effleurer sa surface la peau nue pouvait engourdir le plus robuste des silmérians. Ashräm séjournait depuis maintenant plus de jours qu'il n'avait pu en compter, cédant sporadiquement contre son gré aux avances de la déesse du sommeil. Sa résistance naturelle au froid lui était d'une aide indéniable, sans pour autant faire passer son séjour pour une évasion idyllique au bord d'une île estivale, à se prélasser sur le sable chaud, balayé par les rayons du soleil. Ses vêtements étaient en lambeaux, toujours gorgés d'humidité. Il ne disposait que de sa gourde personnelle pour s'hydrater avec modération, étant donné qu'on accédait rarement à ses requêtes concernant l'eau et la nourriture. Chacune de ses tentatives de discussion avec le garde qui le surveillait avait échoué. Son inquiétude à propos de son ami qu'il n'avait revu depuis leur terrible combat gangrenait assez son esprit pour perturber la plénitude qu'il essayait d'atteindre afin de se rassurer. Lors de son réveil, il était allé le voir plusieurs fois au point de provoquer la division défensive de Méphystö, ce qui lui valut de se retrouver ici, sans avoir eu le temps de s'expliquer. Assis sur la dalle en pierre qui lui servait de couchette, il regardait deux rats en train de se disputer un morceau de pain rassis, nourriture que les gardes avaient jetée à travers les barreaux pour s'amuser, à défaut de nourrir leur prisonnier. Les mains jointes devant la figure, le Gardien réfléchissait au rapport qu'il ferait à sa reine lorsque celle-ci le convoquerait. Il n'allait pas rester ici indéfiniment. Son geôlier fut rejoint par un autre garde, qui s'assit avec lui autour de la petite table ronde en bois, tellement délabrée qu'elle ne tenait debout qu'au rythme d'un balancement incessant. Alors qu'ils démarraient leur conversation, Ashräm se rapprocha des portes de sa cellule pour les écouter.

« … et l'avant-poste est complètement dévasté. Jamais les terres froides ne seront aux mains de Méphystö, je ne comprends pas pourquoi notre reine persiste à gâcher des ressources alors qu'on pourrait consolider le mur et renforcer nos moyens de défense. » balbutia l'homme à son compère. Ce dernier jouant avec la lame de son couteau pour nettoyer le revers de ses ongles soupira. « Non, mais écoute, moi je dis il vaut mieux envoyer ces idiots occuper Azalem, au moins pendant ce temps il laisse la cité en paix. Qu'il détruise des avant-postes si cela lui fait plaisir, ça ne représente pas grand-chose pour nous de toute façon... » s'exclama-t-il avec dédain.

Ashräm frappa de sa prothèse contre les barres en métal, l'air furieux. « Vous n'avez pas honte ? Des hommes et des femmes sont morts pour que vous puissiez rester à l'abri des attaques, vous pourriez au moins respecter leur mort au lieu de déblatérer des idioties ! Ce n'est pas en restant à l'abri derrière une protection fragile et éphémère que vous empêcherez ses légions de déferler ! Psyölingas seule sait s'il n'est pas déjà en train de préparer l'armée la plus grande de toute Cranä ! Et... » cria-t-il avant de se faire interrompre par le garde aux cheveux bruns et gras, qui s'était relevé d'un coup et qui le repoussa d'une main à travers les barreaux. Il était beaucoup plus fort que sa taille ne le laissait paraître. Le mage se rattrapa d'une main sur le sol sale et se releva presque immédiatement.

« La ferme ! Ça ne t'a pas suffi ton baratin là-haut et il faut que tu recommences ? Si tu y tiens tant, on peut faire en sorte que tu restes ici un très long moment, histoire que t'aies le temps de bien réfléchir à qui tu t'en prends ! » jura-t-il avec véhémence avant de cracher au sol et se retourner. Il essuya le peu de salive qui lui restait de sa barbe hirsute avant de se tourner vers le couloir où des bruits de pas semblaient se promener. Un troisième silmérian, l'air affable, fit son apparition avant de s'arrêter devant les deux gardes. Le ton militaire, il ordonna la libération d'Ashräm ainsi que son escorte jusque dans le hall royal. L'homme bourru se gratta les poils du menton avant de se laisser tomber sans grâce sur sa chaise en bois, qui émit un craquement sous son poids, tandis que son compagnon blond fit machinalement un salut et attrapa le trousseau de clés avant d'ouvrir la porte de la prison. Il fit signe au Gardien d'avancer et de suivre le garde qui s'en allait. À fur et à mesure qu'ils montaient les marches, la citadelle retrouvait la splendeur qui lui saillait à la lumière du jour, les piliers recouverts de glace scintillant tels des diamants de givre et réfléchissant la lueur diurne de telle façon que le grand hall était enveloppé d'une ambiance liliale éblouissante. Une immense porte se dessinait sur le mur du fond, marquant l'entrée de la salle royale, où l'attendait sa reine. Deux hommes postés de chaque côté entreprirent de l'ouvrir, les voyant arriver. Ashräm se débarrassa de ses deux escortes et gravit les quelques marches avant de s'engouffrer dans l'immense pièce, vide, mais riche en décoration. De somptueuses toiles représentant l'emblème de la cité étaient accrochées à chaque mur, tandis que de nombreux braseros festoyaient à chaque angle du petit hall et à chaque sortie. Des tables recouvertes d'un tissu finement brodé se trouvaient de part et d'autre, accueillant sur leur surface de somptueux chandeliers et diverses poteries, ainsi que de curieux bibelots à l'apparence royale. Le sol miroitait d'une beauté saisissante, ne laissant aucune trace des allées et venues des domestiques qui travaillaient dur chaque jour pour garder une telle propreté. Ce n'était pas la première fois qu'Ashräm mettait les pieds ici, mais chacune de ses venues l’émerveillait comme s'il découvrait ce lieu pour la première fois et semblait purifier son cœur de tous ses vices. Gracieuse et aimante, la reine guerrière se tenait sur son trône de givre, entourée de ses deux fidèles conseillers. Elle fit signe à ceux-ci de sortir et appela d'une voix féerique le Gardien pour l'entendre réciter son rapport, ou en tout cas le pensait-il. Subjugué par la présence de Méphystö elle-même, le von Arius en oublia la révérence et se sentit comme un enfant obligé de répondre de ses bêtises face à ses parents.

« Veuillez excuser mon apparence misérable, ma reine, mais je n'ai pas eu l'occasion de me préparer pour me présenter convenablement. Ashräm von Arius au rapport, chef de la quatrième division à la suite de la mort du capit... » La maîtresse des lieux fit halte d'un geste de la main pour le couper dans sa tirade.« Laissez les formalités de côté jeune von Arius, je ne tiens pas à entendre votre rapport, mais votre récit. » s'imposa-t-elle, la mine apaisante.

Surpris, mais heureux de laisser de côté les cérémonies, le mage entreprit sa longue histoire sans jamais que la reine ne l'interrompe à nouveau. Il retenait de toutes ses forces ses larmes lors de l'énumération de la mort de chacun de ses compagnons d'armes, préférant donner l'illusion d'une maîtrise de soi devant sa souveraine. Elle perçut sans doute son inquiétude lorsqu'il mentionnait le guerrier Carlyle, n'ayant toujours aucune nouvelle de lui. Quand il eut terminé, Méphystö se leva et descendit les marches recouvertes d'un tapis rouge aux bordures dorées et arriva à hauteur du Gardien. Sa silhouette surplombant sa carrure fit se parcourir un frisson tout le long de son corps. Il se maîtrisa pour retenir une hébétude qui aurait trahi sa surprise à pouvoir l'admirer de si près.

« Je suis désolée. Cette expédition a pris des tournures qui ont dépassé vos effectifs. Je regrette profondément la perte de plusieurs de nos meilleurs éléments. Nos actions ont affecté Azalem, c'est certain ; mais à quel prix. Quant à vous, je suis surprise, je comprends votre désir de vengeance, mais j'aurais pensé que votre sang-froid vous aurait évité de prendre de tels risques pour vos camarades. »

« Je n'avais plus rien à perdre, ma reine, les légions d'Azalem m'ont dépossédé de tout ce qu'il me restait au sein des Gardiens. J'étais résolu à mourir pour la moindre parcelle d'espoir qui me permettrait de sauver mes camarades. Si je n'avais pas été aussi faible, ils n'auraient pas eu à... »

« C'est là qu'était votre erreur, vous ne devriez pas prendre votre vie à la légère. »

« Je... »

« Je pensais pourtant qu'Aînur vous avait enseigné cette valeur. Vous êtes ici avec moi, car vous pensez avoir une dette envers lui, vous risquez votre vie dans la division la plus dangereuse de la cité de votre plein gré. Êtes-vous vraiment sûr d'honorer sa mémoire ? »

L'air abattu, Ashräm baissa instantanément les yeux au sol, serrant les dents devant sa propre hésitation. Sa vie à Méphystö constituait actuellement le leitmotiv de son existence, et remettre en question cette valeur mettait à mal sa stabilité psychologique. Cependant, la dame de cristal avait raison, mais il repoussait encore cette idée au fond de lui. Il ne fut pas surpris qu'elle eût l'air de savoir autant de choses sur son maître, c'était après tout l'un des Gardiens les plus connus de la cité des glaces, et elle s'intéressait sûrement encore à lui au-delà des terres de son royaume. Lorsqu'il releva le regard, il fut perdu un instant dans le bleu azur des pupilles de son interlocutrice, comme absorbé par quelque chose de plus grand que lui. Elle inondait son esprit de bienveillance, mais aussi d'autorité, comme le ferait une figure maternelle. Il osa reprendre après une courte pause.

« Non, vous avez raison, mais j'ai appris à aimer cette cité, je considère qu'elle fait partie de moi et que c'est mon devoir de la protéger. »

« Vous et moi savons très bien que votre place n'est pas ici. De plus, vous êtes au courant de la situation à l'intérieur du mur, je ne peux malheureusement pas vous permettre de rester parmi nous, votre exil de la confrérie est l'unique moyen dont je dispose pour vous sauver la vie. » Elle marqua une courte pause avant de reprendre. « Le mercenaire que nous avons récupéré avec vous a pris à cœur cet affrontement bien au-delà du contrat qui le maintenait lié à nous, je crois savoir pourquoi, et je crois aussi savoir que vous devriez partir avec lui tant que vous le pouvez. »

Rien n'échappait à la figure de proue de Méphystö. Non seulement elle lisait dans le cœur des gens aussi facilement que le ferait Néthys, mais elle avait toujours un coup d'avance dans les informations qu'elle disposait. Bien qu'accablé par la réalité qu'on lui donnait, Ashräm se sentît au contraire comme libéré. Quitter la région lui brisait le cœur, mais il ne voulait pas faire honte au geste que lui accordait sa reine. Elle avait sans doute cerné son existence bien mieux qu'il n'aurait jamais pu le faire. Peut-être paraissait-il plus clair, plus ouvert aux personnes qui n'étaient pas lui, qui n'étaient pas dans sa tête. La gracieuse souveraine sourit chaleureusement avant de continuer sa route vers la grande porte. Une foule se faisait entendre derrière, ainsi que de nombreux bruits d'armure. Supposant l'origine de ce bruit, Ashräm soupira discrètement avant de lâcher à sa propre surprise un sourire non feint. Il se dirigea sur le balcon pour profiter de la pureté de l'air qu'il avait l'impression de ne pas avoir ressentie depuis une éternité. Il s'accouda sur la rambarde, laissant le guerrier venir jusqu'à lui.

« J'ai encore mal aux omoplates. Enflure. »

« Tu as été impressionnant sur le terrain, je n'ai pas pu m'en empêcher. » fit-il en souriant. Le von Arius marqua une pause pour se retourner à nouveau face à la magnifique vue sur la place et reprit. « Je pense que tu as compris en voyant la reine, mais ton témoignage ne sera pas utile. Je vais partir.  »

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Lun 25 Déc - 16:18
Le destin est une force curieuse. Deux hommes opposés par leur mode de vie, mais rassemblés dans une destinée commune luttèrent ensemble et se lièrent depuis d'une amitié indéfectible. Face à l'inimitié et la haine injuste d'un peuple trop longtemps soumis à l'oisiveté et à une sécurité précaire, Ashräm, une fois de plus, dut endosser la lourde cape de paria. Dans son exil crucial orchestré par la bienveillante Méphystö, Carlyle proposa au mage de le rejoindre le moment venu lors de l'accession au trône d'Agharta. Faisant tous deux voile vers Gaïa, Ashräm fit route solitaire pour retrouver ses repaires sur la contrée de ses ancêtres, en attendant le signal du guerrier. Après plusieurs semaines passées dans les forêts de son adolescence, Carlyle quitta Prötée et fit face à son destin. Sa mélancolie de l'exercice du pouvoir fut atténuée lorsqu'il fut rejoint par son futur conseiller, prêt à le guider sur les traces d'un futur meilleur.
- FIN -
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