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Le couteau sous la plume.
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MessageSujet: Le couteau sous la plume. Dim 8 Juil - 18:10
Ashräm von Arius
Conseiller d'Agharta
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Deuxième Âge de Cranä – An 158 – Mortefeuille.
La fine fleur de Spira, la cité royale d'Agharta.



Les colons venus d'Eölendyl ont permis l'édification de cette majestueuse cité aux quartiers si différents mais pourtant indissociables tellement ils fonctionnaient de concert à glorifier la beauté architecturale de la ville. Ashräm n'avait vu cette perle que dans les illustrations des livres qu'il avait parcouru, et comme tout silmérian devant un joyau, il fut ému par ce qui se trouvait sous ses yeux. L'aube laissait entrevoir les premiers rayons de soleil de cette journée qui s'annonçait lumineuse et agréable. Le voyage fut long et fatiguant depuis Agrima. Traverser les contrées n'est pas mince affaire pour un aventurier solitaire, accompagné seulement de sa fidèle jument. Une écurie prenait soin des montures des voyageurs moyennant quelques zïls, cela étant indispensable compte tenu de la nature aquatique des lieux. Le jeune von Arius se dirigea alors vers les quais, afin de prendre une embarcation qui l'emmènerait jusqu'à la cité des lacs. De nombreux navires et chaloupes faisaient des allers et retours quotidiennement, car c'était là le seul et unique moyen de se rendre à Agharta. Le passeur bourru accompagna le jeune homme aux cheveux gris, salis par la poussière, jusqu'au bateau, ne laissant transparaître aucune émotion sur son visage à la vue de ses habits déchirés et délabrés. Il fut grandement aidé par quelques pièces sonnantes et trébuchantes, qui lui assura un sourire et une humeur joyeuse tout le long de la traversée. Ashräm déposa son sac en cuir et ses bâtons avant de fouiller ses effets personnels pour retrouver la lettre de son ami Carlyle. Il s'assit sur la planche de bois qui faisait office de fauteuil avant de délier les fines lamelles de cuir qui enveloppaient le papier plié. La relecture n'était pas nécessaire, mais elle était idéale pour passer le temps et discuter avec Énuma.

« Cela fait de nombreuses lunes depuis notre opération sur le territoire de Krÿst. J'ai entendu beaucoup de nouvelles concernant les Vangelis, mais je suis heureux de constater que la cité n'ait pas l'air plus chamboulée que ça. Carlyle semble avoir pris les devants manifestement. » s'exprima-t-il pendant que ses yeux se baladaient sur le panorama qui lui offrait la ville. Le galadrim ténébreux ne semblait pas se languir du spectacle, mais partageait un sentiment de quiétude avec son maître, chose assez rare pour être soulignée par le jeune hôte.

« Il a réglé ses comptes avec sa famille, mais sa véritable guerre ne commence que maintenant. Et comme tu le lui as promis, te voilà aujourd'hui pour l'aider dans cette quête. » Énuma fit une pause avant de reprendre le sujet sur les raisons de la lettre. « Les délégations royales et populaires seront nombreuses à ce banquet, et Jihrä sera sûrement présent. Tu penses pouvoir l'affronter ? »

Le paysage échappa à son attention quelques secondes pour baisser les yeux dans le vide. Ashräm n'avait pas vraiment réfléchit à cette question, et sa récente visite à Agrima ne l'aidait pas sur ce point autant qu'il l'aurait espéré. Il fut même profondément froissé en voyant la cité de son enfance. C'était comme si un voile s'était levé, et que ce qu'on voyait nous apparaissait désormais totalement différent de la réalité. Ce n'était pas une ville qu'il avait vu ce jour-là, mais une nation qui se préparait à une guerre, une guerre politique, une guerre de feu, malgré son funeste déguisement pour les voyageurs qui s'y arrêtaient.

« Je t'avoue ne pas avoir totalement confiance en moi-même sur ce coup-là, mais Carlyle sera présent, et les choses sont différentes aujourd'hui. Jihrä n'est pas aussi dissemblable de notre père que ce qu'il veut nous faire croire. Il est juste plus prudent et méthodique, et c'est tout à son avantage. Cependant, il ne s'attendra sûrement pas à me voir, et je compte bien en profiter, parce qu'il tentera sûrement quelque chose, j'en suis quasiment sûr. »

Les quais de la cité approchaient, et les arches décorées ainsi que les statues de lézards ailés finement sculptées accueillaient les nouveaux venus avec la prestance et la splendeur dont la ville était si fière. La végétation était luxuriante et très décorative en ce lieu, ne laissant aucun doute quant à la désignation de ce quartier. Plus loin sur la place, la grande statue du dragon cÿr prônait fièrement au centre du jardin exubérant. Abandonné par son passeur, Ashräm prit la route du palais. Le roi d'Agharta lui avait fourni un plan de la ville avec sa lettre, même si le chemin indiqué semblait plutôt obscurément dessiné. Il valait mieux se fier à son orientation et à sa vue, le palais étant difficilement esquivable tellement il surplombait les quatre quartiers. En traversant la rue des échoppes, il put découvrir le travail remarquable des artisans locaux qui n'hésitaient pas à agripper les voyageurs pour leur faire découvrir leur marchandise. L'apparence piteuse du von Arius ne semblait pas jouer en sa faveur à ce niveau-là. Il n'en fut pas contrarié pour autant, préférant utiliser cette discrétion bienvenue pour observer les alentours sereinement.

Arrivé près de l'entrée de la grande salle, Ashräm fut arrêté par deux gardes quémandant son identité ainsi que ses affaires à venir au palais. Il souleva sa capuche avant de prendre la parole.

« Bonjour, le roi Carlyle a du prévenir de mon arrivée, je me nomme Ashräm et je viens à sa demande comme le prouve cette lettre. »

À la vue du sceau de la famille royale, les deux compères n'émirent pas le moindre doute et relevèrent aussitôt leurs armes avant de présenter le chemin jusqu'à la grande salle. Des pas affolés se firent entendre à quelques lieux d'ici, avant de finalement laisser apparaître un étrange homme en robe enrobé, le souffle coupé qui s'arrêta devant l'homme.

« Messire Ashräm !... Ffou... Sa Majesté m'envoie pour vous conduire à vos appartements, il vous recevra peu avant le début du banquet et m'a sommé de vous accompagner. »

Il s'essuya le front avec un mouchoir sorti brusquement de sa poche avant de maladroitement replacer son couvre-chef. Il semblait plus perdu que n'aurait pu l'être un inconnu qui mettait les pieds pour la première fois dans le palais. Le mage le rassura d'un mouvement de la main amicale.

« C'est très volontiers que je vous suivrais, j'ai en effet bien besoin d'un bain et de vêtements propres, je doute que je puisse me présenter comme ça ce soir. »

« Vous m'en voyez ravi ! Une pièce a été spécialement préparée pour vous, ainsi que des vêtements qui siéront parfaitement au nouveau conseiller d'Agharta ! »

Ashräm sentit la réaction d'Énuma et fit honneur à ses principes en ne bougeant pas un sourcil. Il n'était pas vraiment habitué à ce qu'on lui parle comme ça, ou que l'on fasse référence à un quelconque titre en le voyant. On lui fit contourner la grande salle par l'un des grands couloirs qui menaient à l'aile Est du château, avant le faire entrer dans une pièce pour le moins chaleureuse et finement décorée. Après avoir congédié son guide, il prit soin de faire sa toilette et de changer ses habits pour une tenue plus adaptée à un banquet. Malgré sa taille fine, il trouva difficile d'enfiler cette tunique bleue tellement elle semblait serrée. Voilà des lustres qu'il n'avait pas vu de soie aussi méticuleusement cousue et d'ornements si adroitement taillés, mais il salua un bref instant le confort que lui offrait ces vêtements, contrairement aux haillons usés qu'il portait jusque là. Ses cheveux, dont le teint blanc retrouva son éclat lumineux furent noués par un ruban, délaissant l'aspect négligé et emmêlé de sa coiffure habituelle. Il abandonna ses affaires et ses bâtons avant de prendre la direction de la salle du trône.

« N'espère pas pouvoir faire irruption plus tôt que prévu, il doit maintenant crouler sous les formalités et les paperasses qu'un roi se doit remplir quotidiennement, sans parler des entrevues et des conseils interminables. »

« Nous verrons bien, après tout, je ferais parti de ces conseils dorénavant. Cela te rappellera peut-être la vie politique à Agrima, bien que je gage que ce soit complètement différent. De toute façon il n'y a rien d'autre à faire jusqu'au banquet, et je t'avoue que me balader dans les allées d'un château m'avait plus manqué que je ne l'aurais cru. »

La salle du trône n'était gardée que par une seule personne, un homme plutôt grand et sec. Son armure lui donnait une prestance certaine et son regard sérieux couplé à sa barbe hirsute poivre et sel assuraient son sérieux.

« Ah messire Ashräm, le roi ne vous attendait pas si tôt... Je vous proposerais bien d'attendre, mais sa Majesté a ordonné de vous laisser entrer quelque soit l'heure de votre arrivée. »

Ashräm fut étonné que tout le monde dans le château semblait le reconnaître. Sans nul doute que son apparence n'était pas commune, mais cela le mettait mal à l'aise. Le gardien semblait sympathique et doué d'une grande politesse au contraire de ce que son apparence laissait suggérer. Il remercia poliment l'homme avant de rentrer dans la salle. Les décorations étaient sans commune mesure avec ce qui se trouvait dans la cité. Quoiqu'un peu plus rustique, avec notamment des sculptures sublimes faites de bois, mélange ingénieux entre la matière première d'Algalar et les techniques artisanales des colons des îles du Nord. Le trône, confectionné d'une main de maître éclipsait tout autre monument, gardant jalousement l'attention de ceux qui avaient osé poser le regard sur lui. Assis paisiblement, le poing sous le menton, le jeune roi nouveau d'Agharta semblait rêvasser sur un moment de liberté dont il semblait disposer. Ashräm laissa échapper un léger soupir avant de sourire devant ce spectacle, imaginant avant d'entrer qu'il serait dans la hâte à régler des affaires et courir au devant d'activités royales.

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MessageSujet: Re: Le couteau sous la plume. Lun 9 Juil - 11:04
Carlyle Vangelis
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Le fracas des armes se répercutait sans discontinuer sur la voûte assombrie de la salle royale. Les yeux fermés, le petit garçon tentait d’obéir aux paroles proférées par l’homme qui le serrait fort contre son torse envahi de soubresauts. Des gouttes de sang finissaient leur incessante course aérienne sur le lin délicat de ses habits par un bruit similaire à la pluie. Les cris de deux femmes, les uns délicats et juvéniles, les autres plus guerriers et maternels, imposaient leurs douloureuses exhortations jusqu’à totalement inhiber l’ambiance sonore du lieu en pleine destruction. Le souffle assuré de l’homme, synonyme de maîtrise et d’expérience, trahissait pourtant une peur et un désespoir symptomatique d’une inéluctable perte. La chaleur déposait ses griffes rutilantes sur la peau innocente de l’enfant perclus, et ses naseaux s’emplissaient inexorablement de vapeurs toxiques dont ses poumons étaient le malheureux foyer. Alors que le protecteur se dirigeait vers l’arrière de la salle tout en embrochant avec véhémence deux hommes hargneux, les yeux de l’enfant ne purent rester clos plus longtemps face à la luminosité qui lui intimait de regarder. Le crépitement des flammes ne lui laissèrent qu’un spectacle insoutenable mais également incompréhensible pour son jeune âge. La femme et la fille se tordaient de douleur ; leurs robes virevoltaient telles deux fleurs pourpres traversées par le mistral au crépuscule. Les deux corps terminèrent leur danse macabre jusqu’à s’effondrer parmi le tas de cendres, d’étincelles et de plats en cuivre garnis de viande. Le charnier déféquait son odeur putrescente alors que les mains qui faisaient jaillir le brasier s’arrêtèrent enfin. Le silence ne laissait alors plus que la place à la contemplation. Tandis que les yeux et le nez de l’enfant laissaient couler leurs humeurs à cause de la chaleur, ce dernier sentit choir sur sa main nue une larme venant de l’homme qui l’éloignait du désastre. Un vide noir d’encre s’installa devant les yeux de l’enfant, puis une lumière scintilla avant de le transpercer de part en part, tout en faisant entendre distinctement la voix de l’homme. Puis ce fut le froid, la pluie et le vent. Et le sang. Un gel vermeil, un déluge au goût cuivré, un cyclone rougeoyant. L’enfant contemplait la plaine infinie et son ciel gris, ainsi que son corps, entièrement recouvert d’un fluide visqueux et rouge comme ces fameux démons du château. Le sol lui montrait les corps d’une dizaine de garçons, inertes, certains les entrailles à l’air, d’autres transpercés, la plupart méconnaissables. Ses mains avaient tellement agrippé, empoigné, frappé, griffé, fracassé, qu’elles ressemblaient à deux énormes hématomes azurés. Sans trembler, l’enfant leva les yeux au ciel et profita de la pluie qui le lavait de son infamie avec un sourire de soulagement. L’horreur indicible laissait la place au réconfort tant elle était indescriptible. Le toit gris et lourd se métamorphosa en parois minérales humides traversées par des cavités transpercées par de fins rayons de lumière. Le bassin ténébreux devant lequel l’enfant devenu homme se tenait gronda avant de laisser déferler un flot d’écailles et de dents, une horreur au venin cauchemardesque. Remonté à la surface, l’homme posa ses yeux sur une des têtes de la créature qu’il brandissait en l’air, avant de hurler tout en sanglotant. Un éclair parcourut le ciel nuageux et le silence revint après un fracas apocalyptique. Seul, dans un corridor insondable et face à une lueur lointaine, l’homme se mit à marcher de manière spectrale, tout en essuyant petit à petit les gouttes de sueur qui lui intimait la chaleur à venir. Le brasier s’éloigna avant de s’éclipser. Un papillon aux ailes immaculées vint vers lui timidement avant de se poser sur son doigt tremblant. Les flammes le prirent alors subitement dans sa ronde éternelle, consumant sa chair et ses os. Alors que les cris n’arrivaient pas à sortir de ses entrailles déjà évaporées, les noires silhouettes carbonisées des deux femmes, tournées vers lui, hurlèrent à l’unisson en un chœur terrorisant.



La sueur perlait sur l’ensemble de son corps et les draps soyeux n’étaient plus qu’une mare glissante. Haletant, Carlyle reprit son souffle pendant d’interminables minutes avant de se tourner vers la lumière au centre de la chambre. Ébloui, il mit sa main poisseuse devant son visage, non pas pour mieux discerner de quoi il s’agissait -car il connaissait l’entité qui émanait la lueur-, mais pour protéger ses yeux d’un réveil bien trop brutal. Sa gorge le brûlait affreusement, et la douloureuse impression d’avoir mangé un bol de cendres hantait son esprit. Enfin calmé, le roi intima à la lueur de s’évanouir. La chambre se replongea dans un bleu marin éclairé par une lune en pleine force de l’âge. Les rideaux à moitié fermés se soulevèrent par le vent doux. Les fenêtres ouvertes avaient laissé entrer quelques feuilles automnales. Les plus rouges furent très vite enlevées du sol boisé et lisse avant d’être expédiées par delà le balcon en pierre. Le guerrier mit sa chemise en soie blanche tapissée de fleurs de lys dorées et sortit. Accoudé lourdement sur la passerelle en pierre blanche, les pieds nus et le regard harassé concentré sur le lointain, il mit sa tête entre ses mains et exhala un soupir, tantôt motivé par la fraîcheur du vent qui lui faisait du bien, tantôt motivé par la lassitude. Une main géante et aussi pâle que les pierres qu’il foulait vint se poser sur son épaule gauche.

« Encore le même cauchemar ? »

« Si tu connais la réponse, pourquoi poses-tu la question ? » marmonna Carlyle avant de se racler péniblement la gorge. «.......J’ai encore hurlé à m’en déchirer les poumons….pas vrai ? »

« Je te retourne la formule. J’aimerais pouvoir t’aider Carlyle, mais je ne puis rien faire. Je suis impuissante...et cela m’enrage à un point difficile à concevoir. Ton traumatisme est profondément ancré en ton âme ; tes souvenirs en sont le catalyseur inexpugnable. »

« Je pensais pouvoir aller de l’avant, mais à chaque fois que je crois cette terreur loin derrière moi, ce rêve horrible revient encore plus abominable, plus intense. Plongé dans mes missions, il s’en était allé. Tout semblait si paisible depuis quelques mois. Pourquoi maintenant ? »

« Les songes sont le tombeau de nos regrets, de nos expériences, mais aussi de nos peurs inavouées et enfouies. Il faudra un jour que tu apprennes à les maîtriser pour enfin exorciser tes démons. C’est l’unique moyen à ma connaissance dont tu disposes, avant de ne plus pouvoir revenir. »

« Ne plus pouvoir revenir d’où ? »

« De ton propre grief. »

« J’ai essayé Lücian ! J’ai essayé bon sang ! Il ne passe pas un jour sans que je pense à comment éloigner ses cauchemars. Des mois, cela fait des mois que je hurle à en réveiller les gardes. Agharta doit penser avoir hérité d’un roi à l’esprit désemparé, et plus j’essaye plus je sombre !! »

« Tu l’es. Tu es désemparé, mais il ne s’agit pas d’affronter ces rêves sanglants avec cette volonté de combattant. »

« Épargne-moi la complainte sur la valeur du calme de l’esprit Lücian je t’en prie ! Ce n’est pas la contenance spirituelle qui m’a maintenu en vie quand je gisais sous les corps de dizaines de soldats durant ces années de guerre. Ce feu qui me terrorise, qui me consume la peau en rêve, mon épée fut l’unique bouclier qui le repoussa durant des années en exterminant toutes ces personnes...mmgh...c’est...je….non Lücian….Pour mon salut, je dois continuer à vivre, continuer à me battre, car cette part en moi ne s’éteindra jamais. »

« Tu ne m’as pas compris Carlyle. Ce passé, c’est bien en combattant que tu y mettras un terme, mais pas avec la haine. Cette source de rage, tu dois la retourner non pas contre tes rêves, mais contre ton deuil, car c’est de cela dont il s’agit. »

L’homme se retourna enfin vers sa maîtresse de lumière, alors qu’une larme diminuait le long de sa joue droite jusqu’à effleurer son menton. La dame au teint diaphane rattrapa l’exilée aquatique, source de toute âme, avant de l’apposer sur ses lèvres rosées.

« Il s’agit de quoi ? »

« De pardon. Tu dois te pardonner Carlyle. »

Alors que l’aube pointait sa surface luminescente, Lücian éclata en poussières scintillantes. Le maître des lieux se dirigea vers sa chambre et sortit prestement une épaisse feuille de papier à la couleur sableuse. Il s’assit avec délicatesse sur sa chaise et écrivit nonchalamment plusieurs lignes noires dans un grattement intense. La lueur de la bougie lui rappelant le brasier de ses songes mortifères, il se dépêcha de terminer cette missive. Tout en se levant, il inspira profondément et accourut au balcon en levant les yeux au ciel. Quelques secondes plus tard, un faucon tacheté vint à lui. Espiègle et particulièrement vif, il proposa ses larges serres pour y empoigner le parchemin pourvu du sceau des Vangelis encore tiède. « Vole. » murmura l’initié de Lufénia avant de s’engouffrer dans sa chambre. L’oiseau se mit en route avec célérité vers sa destination. Le message, très concis, contenait ces mots :
« Cher A., l’automne arrive prochainement, et mes épreuves ne font que commencer. Un mal rôde, aussi bien en moi que sur les terres de Cranä. Tu es le seul qui puisse m’aider dans ma tâche. J’ai vu en toi la valeur qui me fait défaut et dont ma déesse est tributaire. Puisses-tu vite me rejoindre si ton cœur et ton esprit y consentent ; autant ton esprit que ton cœur si possible, mes émotions étant les geôlières de mon âme depuis que nous nous sommes séparés. J’ai grand besoin de tes conseils mon ami, à l’aube de grands accords avec toutes les contrées le jour où toutes les feuilles des arbres d’Hydräl ressembleront à celles de Dornmünd. J’attends ta venue avec grande joie et tâcherai, comme tu me l’as dit si souvent, de “préserver le ciel étoilé de mon âme des nuages enflammés de mon cœur”. Ton ami, Carlyle. P.S : Pardonne-moi pour le plan de la ville, je n’ai jamais été très compétent ni en dessin, ni en orientation ! »




-Une semaine plus tard-



Les habits défilaient comme des fanfreluches destinées à laver le sol. Le luxe était devenu si commun que plus rien ne surprenait Carlyle. On en venait à se demander comment un tel nombre d’uniformes avaient pu être fabriqués en si peu de temps. La patience du roi allait atteindre le point critique quand enfin un ensemble à son goût attira son attention. Très simple, la chemise sans col en tissu lourd blanc d’œuf ne manquait pas d’afficher un savoir-faire exceptionnel. Le pantalon vert sombre était lui aussi d’excellente facture, accompagné d’une ceinture mordorée en cuir et de bottes similaires. Ne restait alors plus que la pièce de résistance, celle qui définissait le statut du roi. Après avoir déchiré l’ancienne cape en lin de son prédécesseur qu’un serviteur mal renseigné lui avait conseillé, Carlyle jeta son dévolu sur une courte cape en peau de loup gris d’une douceur incroyable, parfaite pour prévenir contre les vents frais de la salle royale. Après une toilette solitaire encore mal intégrée par beaucoup de sujets, les servantes ayant été à la disposition du dernier souverain, Carlyle se rendit à la grande tablée du conseil où son siège l’attendait, au milieu du reste des rangs. Il était question des invités, des dilemmes commerciaux, et des intrigues politiques à venir durant ce banquet exceptionnel qui s’étendrait probablement jusqu’au petit matin. Alors que l’esprit du jeune souverain s’égarait du côté de la venue de son ami qui commençait à s’éterniser à ses yeux, un des conseillers se leva pour prendre la parole.

« Seigneur Carlyle, cette soirée sera la vôtre, et Cranä se souviendra de ce banquet légendaire des décennies après votre trépas ! »

Revenu de sa rêverie qui serait d’ailleurs la dernière de la journée, Carlyle toisa l’homme de curieuse manière avec un haussement de sourcils très amusé.

« Je suis parmi vous depuis à peine une année et voilà que vous envisagez déjà ma mort conseiller Oroün ? »

« Oh ?! Non sire bien sûr que non je voulais juste..enfin je...il était question de célébrer votre grandeur et...»

Le guerrier soupira et sourit à l’audience.

« Détendez-vous Oroün, je ne suis pas Tündal. Vous devriez l’avoir compris depuis le temps. Ces servantes envoyées dans mes appartements pour me brosser le dos ce matin ont encore une fois témoigné de votre malaise vis-à-vis du changement de pouvoir. Sachez que le règne de la terreur est terminé, et tant que je serai là, Agharta et ses environs seront défendus. Mais pour cela j’ai besoin de votre confiance et de votre constance, ce dont je manque cruellement parfois, n’est-ce pas ? »

La question était dirigée à l’assemblée mais aussi à une certaine dame située au creux du guerrier.

« Un homme va faire son entrée dans notre cité, certainement au crépuscule, son nom est Ashräm. C’est un ami sage et un mage puissant qui deviendra mon conseiller principal. Considérez-le comme...la face avisée de mon être, une sorte de double. Face au...désistement prématuré du dernier conseiller principal qui avait porté allégeance à mon oncle, et sous vos conseils avisés, je me devais de choisir avec lucidité quelqu’un de confiance. C’est chose faite. Le conseiller Ashräm devra être accueilli comme un membre de la famille royale, et conduit dans une des plus belles chambres de l’aile Nord où l’on lui donnera de quoi se vêtir convenablement pour la soirée. Je transmettrai par papier une description physique pour que nos gardes puissent le reconnaître plus rapidement. »

L’assemblée semblait retenir son souffle, prostrée comme une seule entité. La vieillesse de certains visages laissait transparaître des années de violence et de crainte. La plupart des yeux se montraient humides face à un discours si bienveillant après une époque obscure. La lumière avait enfin retrouvé un semblant de place, et le goût de la vie retrouvait une saveur comestible. Après cette harangue, le conseiller Oroün reprit ses esprits et balbutia quelques secondes avant de continuer le résumé.

« Nous savons que la plupart des comtes des contrées d’Hydräl seront présents afin de faire valoir leur droit. Comme vous le savez, les luttes intestines gangrènent notre pays, il faudra ainsi faire entendre raison. Après les excès et les menaces de Tündal, la paix sera acceptée sans ménagement. Nous n’avons évidemment reçu aucune nouvelle de Dornmünd, toujours fidèle à elle-même, mais des renseignements nous disent que certains membres de la confrérie des mercenaires seront présents pour vous célébrer, en mémoire de votre victoire dans l’arène. Algalar enverra bien évidemment ses émissaires pour parlementer sur notre futur commun, ainsi qu’Illuvalla qui a manifesté son enthousiasme. Nous aurons beaucoup de fleurs de leur part pour décorer la ville, ainsi que certaines plantes offertes aux invités pour faire connaître les bienfaits de notre végétation de part le monde. Enfin, le dernier roi élu de la cité de Barsüm fera le déplacement afin de rencontrer le nouveau roi de la cité qui était devenue son ennemie depuis presque dix ans. »

Le meurtre de sa famille avait bien évidemment bouleversé l’échiquier géant sur lequel évoluait Agharta, mais bien qu’il ne comprenait pas encore toute l’étendue des dégâts, Carlyle arrivait à se convaincre que tout irait bien, la situation ne pouvant être plus terrible qu’elle ne l’était en l’état actuel. Le conseiller, face à l’attention surprenante du roi, poursuivit avec un entrain non dissimulé.

« Nous en venons maintenant aux délégations étrangères. À l’occasion de votre règne qui approche sa première année, la fête d’Agharta va accepter un rassemblement des assemblées étrangères telles que Demeterös, Fleôrza, mais aussi, et nous le regrettons amèrement sire, Agrima et Miragïs. Le tyran sanglant n’a pas confirmé sa venue, mais nous soupçonnons de sa part une forme de cadeau dont lui seul à le mauvais goût...»

« Nous nous en sortirons à bon compte s’il ne s’agit que de jolies danseuses en petite tenue ! » s’exclama Carlyle avec un sourire aguicheur qui ne manqua pas de choquer avec amusement la moitié de l’assemblée, et de faire rigoler à rate dilatée l’autre moitié. Intérieurement, une déesse bouillonnait de colère devant une pensée si libidineuse, ce qui ne manqua pas de combler l’hôte de plaisir. Suite à cette blague de mauvais goût typique des rangs des mercenaires, Oroün reprit sa liste consciencieusement.

« Si Miragïs ne nous inquiète guère en l’état, Agrima nous alarme mon roi. Je n’ai nul besoin de vous renseigner sur les inimitiés qui accablent encore votre famille et celle des Von Arius. Bien que la royauté d’Agrima est depuis des décennies privée de sa seigneurie, soyez certains que les dirigeants actuels ne voient pas d’un bon œil l’élévation d’un nouveau Vangelis sur le trône d’Agharta. Nous devrons surveiller leur délégation. Heureusement pour nous, les juges d’émeraude d’Öpalis seront parmi nous pour veiller à la bonne entente, ainsi que les sages d’Enyä, les dirigeants de Sélumina, et surtout sa majesté la reine Méphystö en personne ! Puisse t-elle voyager sans encombres. »

Le calme était revenu dans la salle. Tout était fin prêt pour l’arrivée des convives. Carlyle savait au fond de lui que la nuit ne serait pas de tout repos. Après avoir remercié ses conseillers, le jeune souverain prit congé et s’en alla dans la grande salle pour y voir les préparatifs. En chemin, son esprit fut embrumé par des pensées nombreuses s’insinuant dans ses cavités psychiques comme des fourmis dans de minuscules interstices. Le vrombissement de son âme lié à Lücian attira son attention.

* Tu n’as pas à douter. Cette soirée est la tienne. Tu as plus fait pour le peuple, pour Agharta et ses environs en huit mois, que Tündal en huit ans. *

« À vrai dire...je ne doute pas Lücian. Non, pour une fois je suis serein de ce que je vais accomplir, mais…il y a autre chose. »

* Quoi donc ? *

« J’ai peur. Pour la première fois de ma vie en tant qu’homme, j’ai peur. Je tremble de ce qui va se passer. Je saurai ce soir si cette vie est vraiment faite pour moi, je saurai si je suis digne de siéger sur le trône de mes ancêtres, je saurai si je suis capable de garder la tête haute. J’ai toujours brandi mon épée au lieu de parler, bien que j’ai toujours cultivé mon esprit sur tes conseils et ceux de Lufénia afin d’avoir un équilibre. L’exercice du pouvoir n’est pas une chose aisément assimilable, et encore moins praticable. Ce soir, c’est avec mes mots et mon esprit que je vais me battre, et ça, pour le coup, c’est une première »

* Ashräm sera là pour t’épauler, sur ce point, tu ne crains rien. Ce jeune homme est un des plus grands sages que j’ai jamais rencontrés. *

« Oh mais je sais bien Lücian, je sais bien...»

* Alors qu’est ce qui ne va pas ? *

« J’ai juste peur que, au moment d’enfin substituer pour de bon ma violence inhérente à mon être, aux mots, mon instinct ne revienne au galop...»

* Tu parles de l’impossibilité d’apporter la paix ? *

« Comme toujours tu vois très loin mais, oui c’est cela. »

* Nous allons tenter de te pousser à bout, de te désarçonner, de te ridiculiser, de démasquer cette façade, de détruire ta légitimité, et il y aura même peut-être des tentatives d’assassinat, mais tout ça, ce n’est rien à côté de ce que tu as vécu. *

«….Rappelle-moi pourquoi tu es devenue ma déesse ? »

* Je n’ai pas eu le choix, toi non plus, faisons comme si nous aimions la cruelle causalité du destin, d’accord ? *

« Ha ! Tu sais, moi j’aime ça, et ce qui me satisfait encore plus c’est que tu sois désespérée de ta situation avec moi ! »

* Aucune chance jeune roi ! *

Alors qu’il allait se faire surprendre par des cuisiniers en train de parler tout seul, Carlyle traversa les étals tout en dérobant avec un sourire un morceau de viande séchée. Arrivé à la grande salle décorée aux quatre couleurs des dragons de Spira, il vit avec merveille la titanesque tablée ornée de plats dorés qui n’attendait plus que l’infinie garniture pour enfin être complète. Les rayons du soleil commençaient enfin à s’amenuiser à travers les vitraux mordorés de la salle royale. Après avoir songé à la magnifique salle de divertissement postée juste à côté de la salle de banquet où des danseuses ainsi que des troupes de troubadours et d’acteurs viendraient divertir la foule, il s’assit de tout son poids sur son trône encore trop prestigieux pour lui. Chacun se dépêchait de finir sa tâche sous les yeux du roi, attendris devant tant d’attention et de travail. Il le savait : il était le chaînon final d’un énorme ensemble qui pouvait s’écrouler à tout moment s’il flanchait. Pour eux, pour chaque homme, femme et enfant, il se devait de tenir la barre, comme l’avait fait Sirion Vangelis, son ancêtre, en débarquant sur Spira et en sauvant la contrée. En cet instant, accoudé dans cette position si caractéristique des mélancoliques, il n’était plus question de rêverie obscure, mais bien de contemplation bienveillante, de béatitude, de quiétude absolue. Alors qu’il s'apprêtait à se lever pour aller converser avec Kabäl, son capitaine de la garde, il vit ce dernier ouvrir la porte et laisser entrer un individu remarquablement habillé. Intrigué, il se leva doucement et s'approcha avec une méfiance mêlée de curiosité. L’homme, d’une allure bien plus élégante que lui, le toisa de haut en bas d’un sourire espiègle tout en finissant de dresser le nœud de sa chevelure magnifiquement brossée. Ce n’était clairement plus le même homme. La bouche béate, Carlyle eut du mal à prononcer les premiers mots. Afin de lui faciliter la tâche, le mage lui fit une accolade amicale qui se termina en étreinte virile sous l’effet de l’émotion. Étouffé par la force du combattant qui en oubliait son ascendance tellurique, Ashräm tapota le dos du roi qui se dégagea prestement tout en riant. Le mage ne dit mot et laissa son regard parcourir la pièce.

« Ashräm, bon sang, je t’avais presque pas reconnu ! T’en as mis du temps pour venir, j’allais devenir fou ! La soirée promet d’être mémorable, ça nous changera des terres gelées. Nom d’un griffon trinité, tu as fière allure, on dirait que tu as porté ça toute ta vie…dis...tu veux pas aller sur le trône à ma place hein ? Allez viens boire un verre ! Les invités ne vont pas tarder ! Si on doit se soûler la gueule, c’est maintenant, après faudra être lucide pour les confrontations politiques ahah ! »

Alors que la nuit tombait, les deux hommes se rapprochèrent du trône. Le roi assis et le conseiller principal à ses côtés, tout était enfin parfaitement imbriqué pour débuter une nouvelle ère. Pendant que des bougies étaient allumées par centaines afin d’éclairer la voûte de la salle royale, les deux compères trinquèrent comme si leur dernière rencontre s’était passée hier. Carlyle but à grande gorgée son vin de Psylée avant d’expirer avec satisfaction et de dire avec un sourire moqueur : « Alors, dis-moi, qu’est ce que ça fait de revenir à la civilisation ? »
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MessageSujet: Re: Le couteau sous la plume. Dim 22 Juil - 18:31
Ashräm von Arius
Conseiller d'Agharta
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Prestement et sans ménagement, le roi d’Agharta enserra le jeune mage avec toute la force du Sculpteur. Maigre et encore fébrile dû à l’épuisement de la longue route qui l’a mené jusqu’ici, Ashräm sentit ses articulations pour la première fois depuis longtemps. Carlyle n’avait décidément pas changé d’un pouce depuis tant de mois, toujours aussi timide et discret qu’un ours sauvage des montagnes. Ce dernier relâcha son emprise suite à quelques tapotements désespérés sur son dos avant de saluer et de poser ses bras de géants sur les épaules sèches du von Arius.

« Bonsoir Carlyle. Ça me fait vraiment plaisir de te revoir mon ami ! Après tout ce temps ! Je ne suis pas très à l’aise dans ces coutures luxueuses, mais je dois te remercier pour leur élégance et leur confort, je n’ai pas eu à m’éterniser sur leur choix grâce à toi. Seulement, tu ne penses pas que ces trousses sont un peu larges ? »

Ashräm tira le tissu de ses bas pour montrer l’amplitude de ceux-ci avant que les deux compagnons ne se laissent gagner par un rire chaleureux et non simulé. Le guerrier prit son ami par l’épaule pour le guider jusqu’à la grande table encore vide. Les servants et servantes se pressaient de finir les préparatifs pour le grand banquet du soir, mais ils trouvèrent tout de même le temps d’installer les deux hommes sur des chaises en bois sculptées en motifs de spirale qui trônaient au bout du meuble en bois durci. Une jeune femme, habillée tout de blanc nacré avec les cheveux couleur auburn noués avec diadème en argent scintillant sur son front apporta quelques mets pour mettre en bouche les deux hommes. Le regard de Carlyle s’arrêta sur la grande bouteille doublée en cuir et fermée solidement par un bouchon et une ficelle, qu’il s’empressa d’attraper pour remplir généreusement les deux chopes en bois. Il en tendit une à Ashräm avant de trinquer sommairement et vider le contenu de la sienne sans ménagement. Le mage n’avait pas goûté quelque chose d’aussi exquis depuis plusieurs années, ce n’était pas vraiment le genre de crus que l’on pouvait trouver derrière la muraille de Méphystö. Il en porta quelques gouttes à ses lèvres avant d’en avaler une petite gorgée, qu’il utilisa pour sentir et apprécier la saveur légèrement fruitée du breuvage. Comme perdu dans ses pensées, le roi le rappela à la réalité en questionnant ses sensations au château tandis qu’il tripotait de ses doigts les dessins gravés sur son godet.

« Oh tu sais, cela fait tellement longtemps que je ne suis même plus sûr de savoir ce que c’est encore que de vivre en société. Les rues d’Agharta sont tellement différentes de tout ce que j’ai connu. Je ferais bien évidemment mon possible pour m’intégrer et te soutenir, dussé-je y passer des heures et des heures, le nez dans chaque livre que doit regorger la bibliothèque du palais. »

« Je ne suis pas tout à fait aux nouvelles concernant les convives qui vont arriver d’un instant à l’autre, mais je n’ai pas négligé mes recherches lorsque j’étais chez les Gardiens, pas plus que lorsque j’ai voyagé jusqu’ici. L’état d’Agrima est épouvantable Carlyle, je ne sais pas encore ce que manigance Jihrä, mais il semble prêt à passer à l’action. Sans oublier sa majesté despotique de Miragïs... »

Comme s’écoutant parler, Ashräm s’interrompit de lui-même, déduisant qu’il gâchait des retrouvailles par des discours politiques et inutiles en ces moments de joie. Il prit une grande gorgée du vin proposé par son ami avant de reposer sa choppe brusquement sur la table. Il s’essuya le coin de la bouche où résidait un peu de mousse avant de reprendre.

« Désolé de t’ennuyer avec ça directement, je ne me rends pas compte de tout ce que je peux dire quand je suis lancé. Mes préoccupations ne devraient pas nous empêcher de célébrer ta montée sur le trône d’Agharta mon ami. Un peu en retard certes, mais je n’oublie pas. »

Légèrement influencé par ses souvenirs de la bataille de Krÿst, Ashräm ne remarqua pas tout de suite l’apparence de son compagnon. Le temps semblait avoir creusé son visage et eut raison de son teint. Des crevasses rampaient sous ses paupières, telles des serpents assoiffés de chair, grossissant l’illusion d’un jeune homme autrefois vigoureux désormais enfermé dans un corps de vieillard. Seuls ses yeux n’avaient pas changé, malgré leur tristesse, trahissant son jeune âge.

« Tu as vraiment l’air d’avoir mauvaise mine mon ami. J’en déduis que les retrouvailles familiales n’ont pas été sans conséquences. »

Les minutes défilaient, les sujets de conversations changeaient, les choppes étaient de nouveau abreuvées pendant que les domestiques couraient dans toute la salle. Au bout d’un long moment qui parut pourtant si court, le mage laissa tomber son regard un peu partout autour de lui avant de s’émerveiller devant le changement qui s’étaient opérés si rapidement. Des décorations lumineuses et chaleureuses avaient été habilement et stratégiquement placées sur chaque mur, tandis que les mets, les plats et les garnitures commençaient à foisonner sur la grande table, maintenant recouverte d’un épais morceau de tissu blanc. Des chandeliers éclairaient ingénieusement chacune des spécialités de la région, illuminant les yeux et les papilles de tous ceux qui seraient tentés d’en prendre un morceau. Les boissons n’ont pas été oubliées non plus ; ainsi plusieurs bouteilles et carafes ont été disposées, dont aucune Ashräm ne put se douter de la provenance.

« Je crois que les convives vont arriver, j’entends de nombreux bruits dans le couloir qui mène ici. »

Il n’en fut pas plus pour que le chef de la garde des Vangelis s’approche de son maître pour lui chuchoter quelques mots à l’oreille. Le banquet allait commencer et le roi se devait de les accueillir sur son trône. Le guerrier fit un signe de tête à son compagnon avant de prendre sa place. Ashräm quant à lui, ayant bien compris le message, se dirigea vers la grande porte encore fermée tandis qu’une servante s’empressa de débarrasser et nettoyer leurs affaires. Une petite goutte de sueur perla sur le front du mage tandis qu’il s’avançait en marchant tout en suivant le tapis brun où était représenté un dragon noir assis sous une montagne. Il attrapa la poignée de l’une des portes, et tira de toutes ses forces d’un geste néanmoins gracieux afin de laisser entrer les premiers arrivants. Le capitaine l’imita avec l’autre moitiée afin d’agrandir l’ouverture.

La première personne à se montrer fut naturellement Jihrä. Enveloppé dans de grands tissus ébènes aux symboles et coutures rougeoyantes, il marcha d’un pas pressé avant de s’arrêter à quelques pas. Il toisa la salle d’un regard curieux mais attentif, avant de faire signe à sa garde de rester en arrière. Ashräm n’eut à peine le temps de s’étonner qu’il s’empressa de se diriger vers son frère, sans encore croiser son regard. Il s’arrêta un peu avant sa hauteur et tendit le bras gauche en direction du centre de la salle. Sa prothèse avait été cachée au moyen d’un gant en soie blanche, ne trahissant pas ses origines.

« Honorés invités, je vous présente le Roi d’Agharta, Carlyle Vangelis. Hôte du grand conseil qui se tiendra en cette soirée. Je me prénomme Ashräm et je présiderais le banquet en qualité de conseiller du roi. Si vous voulez bien vous diriger jusqu’au trône avant de prendre place autour de la grande table, je vous en remercie. »

Sans jeter un coup d’oeil, le monarque d’Agrima poursuivit sa route, suivi par de nombreux autres convives qui discutaient déjà de la richesse du banquet qui s’offrait à leur vue et de la générosité ainsi que de la puissance de son hôte. Subjugué par la présence de l’autre membre de sa famille, Ashräm ne vit que défiler des ombres sous ses yeux qui allaient et venaient pour se présenter en bonne et dûe forme au Roi. Régent de ci, garant de ça, aucune de ces têtes ne parvenaient à ses yeux. Quand tout le monde fut enfin assis, le von Arius se dirigea à son tour vers sa chaise, quittant du regard Jihrä pour la première fois depuis son arrivée, tandis que Kabäl refermait les portes avant de prendre position et monter la garde. La soirée ne faisait que commencer, les appétits pressés allaient être satisfaits avant que le coeur et véritable but de ce banquet ne commença.

Carlyle Vangelis se leva, avant de toiser les invités d’un regard curieux et soupçonneux qu’il ne cachait pas. Il commença son discours au bout d’un moment, après que les invités se soient regardés entre eux pendant de longues secondes, certains se demandant sans doute s’il se passait quelque chose, comme le témoignait certains échanges de regards qui n’avaient pas échappé au conseiller. Le roi d’Agharta fut bref et concis, et mis tout de suite dans l’ambiance en invitant les gens à manger et à festoyer. Ils ne tarderaient pas à aller et venir à chaque bout de la salle, où différentes activités étaient proposées pour les distraire, telles que des spectacles de cracheurs de feu, ou des jongleurs et des danseuses qui s’accaparaient une bonne partie des yeux de la foule. Des musiciens et des bardes s’occupaient à combler le moindre moment de silence, pour le plaisir des oreilles.

Ashräm se tourna vers son ami, l’air inquiet.

« Les choses sérieuses vont commencer, je vais rejoindre la foule pour le moment. Ne t’en fais pas, je m’occupe de Jihrä. »

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